Comment suis-je devenue écrivaine  ?

C’est la question que l’on me pose le plus souvent quand je dis que j’ai publié un roman… Pour certains, écrire semble être, comme dessiner par exemple, un don tombé du ciel, que ceux qui l’ont reçu exercent sans effort. Je vais être obligée de les détromper ! Dans les disciplines artistiques comme dans le sport, rien n’arrive par magie ! Bien sûr, on peut trouver des contre-exemples de personnes dotés d’une chance à toute épreuve, mais il faut bien se dire que la majorité des gens qui écrivent, dessinent, peignent, etc. ne se sont pas réveillés un beau jour avec un pouvoir qui a transformé leurs bonhommes bâtons en magnifiques croquis ! J’en parle d’autant plus à mon aise que je dessine aussi, et quand je passe du temps sans pratiquer, ma dextérité en prend un coup, car c’est beaucoup facile à perdre qu’à acquérir. Dessiner demande énormément de temps et de pratique.

Devinez quoi ? Écrire aussi !

Si c’est si difficile, pourquoi écrire ? me direz-vous. La réponse est simple : un écrivain est avant tout un passionné. L’écriture procure de la satisfaction : celle de la création, du maniement des mots, de l’introspection, de l’expression… Bref, on peut trouver une multitude de sources à cette passion. Pour moi, c’est celle d’avoir raconté une histoire en lui donnant une existence physique : le texte !

Maintenant, je vais m’appliquer à répondre à la question qui a donné vie à cet article en deux étapes : pourquoi suis-je devenue écrivaine et comment ?

1. Pourquoi ?

Je ne saurais pas dater le moment où j’ai commencé à écrire, mais je vais tâcher de répondre à cette question en citant deux souvenirs qui me semblent évocateurs, et auxquels je vais lier des citations qui les illustrent.

J’écris les livres que j’aimerais lire.

Citation de Jacques Attali

Cette citation me va comme un gant ! Et pour le démontrer, je vais évoquer mon enfance.

Je me souviens d’avoir voulu réaliser un livre à l’école primaire, je devais avoir 9 ans. Je venais de découvrir la série Fantômette de Georges Chaulet qui, pour moi comme pour des générations de petites filles, a été une véritable découverte du roman. Dès le début, j’ai adoré ! J’y ai trouvé tous les éléments que je cherchais : des personnages aux traits affirmés, une intrigue bien ficelée, des aventures, une morale. Il y avait toujours un mystère, une enquête, des rebondissements et l’intervention de Fantômette. Son personnage était d’autant plus intéressant qu’elle était le pendant féminin de certains super-héros, mais en version française ! C’était inspirant, car l’héroïne était téméraire, intelligente et prenait soin de ses amis, autant de valeurs qui m’étaient chères (et le sont toujours !). Après en avoir lu plusieurs, ça n’a pas raté : j’ai voulu écrire le mien ! Il ne m’est pas venu à l’esprit que le texte suffisait : puisque la bibliothèque rose illustrait ses ouvrages, j’allais en faire autant ! Je ne sais pas ce qu’il est advenu de cette première tentative, mais je me souviens très bien d’avoir réservé les pages de droite pour les illustrations. J’ai découpé des feuilles quadrillées à la taille livre de poche. Je me suis vite heurtée au problème de la reliure que j’ai résolu en cousant les feuilles entre elles. Les détails techniques me reviennent aisément alors que je suis dans l’incapacité de raconter l’histoire de ce livret…

Cette anecdote me semble importante, car elle démontre que les enfants ne se posent jamais de limites sur la faisabilité de leurs idées. Ils se lancent et ils voient si ça fonctionne, puis ils essaient autre chose si le résultat n’est pas à la hauteur de leurs espérances.

Comme pas mal d’adultes, j’ai passé des années à me mettre des barrières mentales de toutes sortes avant d’oser me lancer. Le déclencheur a été le moment où, après avoir été renversée par une voiture, je me suis rendu compte que je n’avais qu’une vie. Il n’était pas nécessaire d’en faire un brouillon ! J’ai fini par prendre le risque et au lieu de m’éparpiller sur une multitude de projets inachevés, j’ai choisi de m’investir sur le manuscrit qui allait devenir mon premier roman (Pour un oui, pour un nom).

À ceux qui voudraient aussi se lancer, je conseillerais de retrouver votre âme d’enfant, moins encline à censurer vos aspirations !

Qu’il choisisse l’imaginaire ou que l’imaginaire le choisisse, c’est toujours contre le réel que l’écrivain travaille et de façon à l’oublier.

Citation d’Yves Berger

J’aime cette citation, elle véhicule une vérité dont on n’est pas toujours conscient quand on écrit de la fiction et pourtant, dans un roman, que fait-on sinon réinventer une réalité ?

Je vais maintenant poursuivre avec une autre anecdote, qui nous fait voyager de quelques années dans le temps. Une fois au lycée, en première pour être exacte, après la lecture du cycle de Dune de Frank Herbert et de plusieurs romans de Anne McCaffrey et Marion Zimmer Bradley, j’ai découvert des univers tellement différents que j’ai compris qu’il n’y a pas de limite à l’imaginaire. J’ai été très influencée par un morceau de musique que j’écoutais toute petite : la Sorcière d’Angelo Branduardi. Cela faisait des années que je n’avais pas mis le vinyle sur la platine et je redécouvrais l’album et cette chanson en particulier. Je vous laisse un lien vers les paroles pour vous faire une idée, mais elles ont été un véritable déclic : j’ai tout de suite voulu écrire une saga SF/fantasy dont certaines des paroles seraient la base.

Je me suis lancée, j’ai écrit au crayon pour pouvoir corriger plus facilement (je n’avais pas encore d’ordinateur !). En quelques mois, j’ai mis sur papier une histoire décousue qui mêlait plusieurs personnages sur plusieurs générations, il y avait 300 pages et un lexique, car j’avais voulu créer des mots pour décrire des concepts ou objets sur ma planète imaginaire. Toute heureuse de cette réussite, j’ai fait découvrir mon roman à une amie, férue de lecture. Au bout de quelques jours, elle m’a rendu le classeur en me demandant de lui expliquer des concepts qui n’étaient pas clairs pour elle, quelques passages l’avaient déroutée, mais globalement elle avait bien aimé l’univers.

Quelques mois plus tard, j’ai commencé à imaginer la suite et j’ai aussi voulu ajouter des détails dans la mythologie de ce monde, mais avant de me lancer je devais relire. Et là, j’ai eu un choc. C’était mauvais, très, très mauvais ! Les mois passés loin de ma planète imaginaire m’avaient ouvert les yeux. Sur un coup de colère, je l’ai jeté en espérant oublier cet échec.

Vous vous demandez certainement ce qui m’a poussée à continuer après cette mésaventure… Tout simplement le profond désir de donner corps à ce monde que j’avais inventé et qui vivait dans ma tête. Je voulais le partager, raconter les histoires qui s’y rattachaient. J’ai donc pris de nouvelles feuilles et j’ai recommencé… Pendant des années !

J’en suis à la dixième version qui, j’espère, sera celle que j’aimerais publier. J’ai dessiné la carte de ma planète, défini des peuples et des personnages, une chronologie, il ne me reste plus qu’à les mettre en mots !

Si je dois résumer en une phrase pourquoi je suis devenue écrivaine, c’est parce que je voulais raconter des histoires dans la veine de celles que j’aime lire et que cette activité me permet de me plonger dans des univers dont j’ai défini les règles. Que ces univers soient proches du nôtre ou pas, c’est tout d’abord un désir de conter.

2. Comment ?

Il est beaucoup plus facile de répondre à cette question : en écrivant !

Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous.

Citation de Franz Kafka

Cela semble évident, mais j’ai déjà croisé plusieurs personnes qui m’ont confié leur désir d’écrire sans y parvenir. Leur point commun était de n’avoir jamais franchi le cap de prendre un stylo ou un ordinateur pour s’y mettre. Je ne suis pas du tout en train de leur jeter la pierre, car dans la vie, nous nous mettons souvent des barrières face aux difficultés. Dès qu’un projet ou une idée s’écarte un peu des normes sociales ou de notre zone de confort, ces barrières agissent comme un frein pour revenir dans un environnement rassurant. On l’a tous fait un jour ou l’autre…

Il y a comme une sacralisation de l’auteur qui intimide pas mal de monde et qui freine certains aspirants à l’écriture. Comme j’ai été intimidée très longtemps, je fais toujours la même réponse à ces gens-là : il faut essayer, quitte à s’y reprendre plusieurs fois. Après tout, personne n’a su marcher au premier essai !

Je suis convaincue que pour cette question, il n’y a pas de vérité absolue. Je vais donc me contenter de donner les 10 étapes qui m’ont menée à la publication :

1. Ne pas commencer à écrire tant que la fin n’est pas définie !

Il me faut toujours une destination quand je voyage, pour écrire c’est la même chose ! Tant que je ne sais pas où je dois aboutir, je ne me lance pas. Je fais dans ma tête les scénarios possibles de la conclusion, plusieurs fins. Et ce n’est qu’une fois satisfaite que je commence… par la trame !

2. Faire une trame générale en une page.

La trame est le squelette de l’intrigue. J’imagine ce que je dirais si on me demandait de résumer mon roman en une ou deux minutes… Et j’en reste là ! Les grands traits sont suffisants, car dès que l’on rentre dans les détails, autant commencer à écrire.

3. Commencer à écrire.

Je vais encore enfoncer une porte ouverte, mais je commence par le début. J’ai vu maintes fois que l’incipit doit être soigné, que c’est de ce premier contact des lecteurs avec un roman que dépend tout le reste. Je ne sais pas si c’est vrai parce que je suis bien incapable de citer la première phrase après avoir fini la lecture d’un roman… Je dirais plutôt que c’est l’ambiance véhiculée par les premiers paragraphes qui plongent les lecteurs dans une intrigue. Je pense que c’est vrai aussi pour la personne qui écrit : les premiers mots entraînent les suivants… Je m’efforce de toujours écrire de manière chronologique, même s’il serait parfois tentant de sauter un passage difficile !

4. N’écrire que quand j’en ai envie.

Pour moi c’est primordial ! Je ne veux pas vivre l’écriture comme une obligation, c’est une activité qui me plaît, je ne veux pas l’entacher de contrainte. Parfois, il faut un peu se faire violence et le reste suit, mais les jours où rien ne vient, je trouve autre chose à faire. C’est pour cela que je ne fais jamais de planning d’écriture. Je ne les tiendrais pas, alors j’aime mieux éviter de partir perdante ! Il est évident qu’en ne suivant que mon inclinaison, je suis sans doute plus lente que d’autres, mais je vis des moments privilégiés, j’entretiens le plaisir.

5. Avancer, toujours avancer.

De mes erreurs, j’ai appris que celle qui me ralentit le plus, c’est celle qui consiste à tout relire avant de continuer. Quand je le fais, j’ai tendance à vouloir corriger le style, je reviens en arrière et au lieu d’avancer, je recule ! Lorsque j’écrivais Pour un oui, pour un nom, je me suis astreinte à une autodiscipline qui consistait à ne relire que le dernier paragraphe, sans (trop) le corriger, et aller de l’avant. Cela m’a permis de faire progresser l’intrigue, tout en sachant que la phase de relecture serait primordiale et fastidieuse.

6. Une fois fini, “oublier” le roman pendant quelques temps.

Cette étape s’est faite naturellement, peut-être parce que je ne voulais pas encore me lancer dans la relecture et éprouver une grosse déception ? Ou bien parce que quand on finit, c’est un peu dire adieu à ses personnages ? En tout cas, avec le recul, je pense que cette étape est essentielle, car elle permet de revenir au manuscrit avec un œil neutre. Ainsi, on remarque des coquilles plus facilement et on peut aussi enlever des passages qui ne sont pas nécessaires. Souvent, plongé dans l’histoire, on accumule anecdotes et descriptions qui n’ont pas de véritable valeur ajoutée pour l’intrigue du roman. Il est plus facile de couper ces paragraphes après quelques mois de pause. J’ai ajouté cette étape à ma liste après l’avoir testée et approuvée !

7. Relire et vérifier la chronologie.

Voici un exemple de correction qu’il ne faut pas négliger ! Au départ de mon aventure livresque, je pensais que je maîtrisais la chronologie puisque j’étais l’auteur ! Cela semble évident. Et pourtant, il y a plusieurs personnages, plusieurs histoires en parallèle ou plusieurs points de vue sur un même événement qui doit s’insérer dans la vie de chacun. J’ai eu des surprises au cours de cette relecture.

8. S’occuper du style et de l’orthographe.

Enfin ! J’ai laissé ces (nombreuses!) relectures presque à la fin parce que je suis convaincue qu’il faut avoir verrouillé l’ordre des chapitres ou des paragraphes, la chronologie des événements avant d’envisager le style. Le fond doit avoir de solides fondations avant de passer à la forme. Cette étape demande énormément de patience et de temps. Je suis incapable de compter les relectures, car j’en ai fait de plusieurs types : traque des fautes d’orthographes, des mots ou majuscules oubliés, des répétitions… Là aussi, je dirais qu’il y a une infinité de méthodes. Pour être plus rigoureuse, j’ai voulu croiser les techniques… Mais on est humain et par définition imparfait ! L’étape suivante est donc cruciale !

9. Faire relire le manuscrit.

J’ai choisi de le faire relire par plusieurs personnes (les bêta-lecteurs) en qui j’ai confiance soit pour leur niveau de français, soit parce que ce sont des lecteurs chevronnés. À mon grand désarroi, chacune de ces personnes a trouvé des coquilles ! La conclusion que j’en ai tirée, c’est que cette étape permet d’augmenter la qualité du manuscrit et de recueillir les impressions des premiers lecteurs ou lectrices. C’est inestimable, car à ce stade-là, on peut encore changer les détails qui ne fonctionnent pas ! Ma conclusion personnelle c’est que, pour le prochain roman, je prendrai davantage de bêta-lecteurs. Avis aux amateurs…

10. Relire encore et publier !

J’ai la chance d’avoir un ami professeur de français, qui a accepté de jouer le rôle de correcteur. J’ai toute confiance en lui, mais je suis partie du principe que puisqu’il est également humain, il pourrait laisser passer quelques erreurs. Bien m’en a pris, car j’ai encore trouvé des mots manquants.

Là, vous vous dîtes, ça y est on arrive à la publication ! Oui et non… J’ai fait trois relectures supplémentaires et surprise ! Quand je fais le compte, la phase de correction m’a pris deux fois plus de temps que l’écriture proprement dite ! Je n’étais absolument pas préparée à ça, puisque jusque-là, j’avais toujours commencé plusieurs romans en parallèle sans les mener comme des projets à finaliser. Cette découverte m’a fait changer de perspective sur la publication d’un roman et ce que j’ai découvert sur le monde de l’édition est non moins surprenant, mais ce sera l’objet d’un autre article.

Ces 10 étapes m’ont permis de publier un roman et je m’efforce de les respecter pour le prochain (j’en suis à la 5e étape). Je ne prétends pas que c’est une science exacte, mais cette méthode a fonctionné pour moi. Si vous voulez écrire, voyez ce qui vous correspond le mieux, car ma méthode ne sera pas la vôtre, et vice-versa !

Le mot de la fin, c’est que ce qui a fait la différence dans mon cas, c’est de devenir méthodique ! Je me suis focalisée sur un seul projet et envisager le roman comme un produit fini m’a aidée à lui donner une réalité.

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